fbpx

Les insurgés du Capitole et le guêpier d’Erin O’Toole

Le risque que le Canada connaisse des dérives populistes comme celles qui éclatent aux États-Unis est réel. Et il constitue un vrai danger pour le Parti conservateur.

Les événements de mercredi dernier au Capitole à Washington ont secoué la planète entière, et le Canada n’y a pas fait exception. Aussi choquante était cette attaque contre la plus vieille démocratie du monde, sommes-nous certains qu’un assaut semblable est impossible chez nous ?

Au cours des quatre dernières années, les États-Unis ont vu le discours partisan prendre un ton de plus en plus tribal. La confiance de la population envers les institutions publiques s’est graduellement érodée, alors que les mensonges présidentiels se faisaient, eux, de plus en plus gros. Cette insurrection était la suite logique, et tragique, des choses.

Le mythe d’un certain exceptionnalisme qui nous immuniserait contre de telles dérives populistes a la vie dure au Canada. Vrai que la rhétorique des « voies ensoleillées » de Justin Trudeau en 2015 était à des années-lumière de la première campagne présidentielle de Donald Trump, mais force est de constater qu’un glissement inquiétant s’opère dans notre discours politique depuis quelques années. Et, comme chez nos voisins du Sud, ce glissement vient surtout de la droite du spectre politique — la gauche a aussi ses défis avec les militants d’extrême gauche, mais gardons ce sujet pour un autre billet.

Certains groupes responsables de l’attaque du Capitole, QAnon au premier chef, sont désormais présents sur notre territoire — en particulier au Québec, où, pour une raison ou une autre, cette organisation a trouvé un terreau fertile. La popularité d’Alexis Cossette-Trudel et de sa chaîne YouTube (désormais disparue), Radio-Québec, témoigne de l’ampleur du phénomène.

Corey Hurren, le Manitobain accusé d’avoir tenté d’assassiner le premier ministre Justin Trudeau à Rideau Cottage en juillet dernier, est notamment un adepte de Q. Divers mouvements ayant participé à l’insurrection au Capitole ont été lancés par des Canadiens, comme le groupe d’extrême droite les Proud Boys, fondé par Gavin McInnes (aussi cofondateur du média Vice). D’autres citoyens antisystème se regroupent au sein des gilets jaunes canadiens, très présents dans l’ouest du pays.

Les admirateurs de Trump ne sont pas très nombreux au Canada, mais ils sont largement regroupés au sein de la même formation politique : le Parti conservateur. Un sondage Léger-Qc125 publié dans L’actualité le 1eroctobre dernier montrait que 16 % des Canadiens auraient souhaité voter pour Donald Trump s’ils avaient pu. Or, chez les électeurs du Parti conservateur, la proportion atteignait 41 %.

En novembre, un coup de sonde réalisé par Angus Reid indiquait que seulement 18 % des Canadiens estimaient que les élections américaines avaient été « volées » ou compromises par une fraude massive. Chez les conservateurs ? Pas moins de 41 % se rangeaient du côté des élucubrations de Donald Trump.

Il y a là un danger pour le nouveau chef conservateur, Erin O’Toole. Cette mouvance, qui évolue dans un univers parallèle, a le potentiel de déstabiliser le parti. Ce sera un réel défi pour O’Toole de continuer à plaire à cette base endurcie tout en allant chercher de nouveaux votes au centre de l’échiquier politique, nécessaires à l’obtention d’un mandat au gouvernement. Au lendemain de l’insurrection au Capitole, un tel message antisystème, antidémocratie, qui flirte avec les théories du complot, est devenu du poison politique auprès de l’électeur indécis et centriste.

Continuer sur le site de l’auteur

Auteur : Stéphanie Chouinard

L'actualité

L'actualité

L'actualité n'est pas pas affiliée à Quarantaine.

Suivez-nous !

Prenez part à la conversation sur les médias sociaux !